Mademoiselle la présidente du club de sécurité informatique

Avec le serveur qu'elle a fabriqué avec des amies de l'école pendant l'atelier de Jerry.

Avec le serveur qu’elle a fabriqué avec des amies de l’école pendant l’atelier de Jerry.

Étudiante en informatique, Sabrina Amrouche dirige le premier club de sécurité informatique d’Algérie, ShellMates. Encore que le terme « diriger » soit tout relatif pour cette jeune fille qui, si elle hésite à se définir comme une hackeuse, en a bien des caractéristiques.

À elle seule, Sabrina Amrouche casse une ribambelle de clichés, qu’ils concernent l’informatique ou son pays l’Algérie.

Déjà, celui qui voudrait que l’informatique soit un truc de mec, a fortiori la sécurité informatique, spécialité hardcore s’il en est. La jeune fille, étudiante en deuxième année à l’École supérieur d’informatique (ESI), une des meilleures du pays, est tombée par hasard dans le domaine :

Je voulais faire de l’astrophysique mais il n’y avait pas de débouchés, l’école avait la cote et j’étais bonne élève. Ça m’a passionné dès la 2ème année.

J’aimerais me spécialiser dans la sécurité, domaine qui évolue le plus, c’est vital et j’adore. Le piratage est un danger important pour les entreprises.

Et l’Algérie aura bien besoin de ses compétences : 85% des logiciels payants utilisés sont crackés, pour des questions de pouvoir d’achat, y compris par les administrations et entreprises, favorisant le pullulement des virus et autres vers.

Humilité

À l’ESI, les filles sont aussi nombreuses que les garçons, une évolution récente. Mais quel que soit le sexe, les élèves semblent plutôt issus de la classe moyenne. Ainsi, le père de la jeune fille est DRH, sa mère professeur de français. Et plutôt libéraux, comme en témoigne son absence de voile et une allure qui ne jurerait pas dans nos rues, Converse, jeans.

Cette grande brune solide à la voix douce a pris en septembre la tête du tout jeune ShellMates, le « premier club de sécurité informatique d’Algérie », précise-t-elle, et anciennement le chapitre local de l’Open Web Application Security Project (Owasp). Les clubs informatiques se multiplient ici ces dernières années, pépinière de hackers.

Pour l’instant, Sabrina ne pense pas pouvoir revendiquer totalement le terme, tel qu’elle le définit. Son premier réflexe a été de rejeter le terme « hacker » pour préférer celui de « white hat », littéralement « chapeau blanc », qui désigne les hackers mettant leur art au service d’une cause honnête. Nous lui avons alors expliqué que « hacker », au sens strict, est connoté positivement. Une fois le consensus sémantique trouvé, nous avons pu poursuivre.

Si les valeurs sont là, il lui manque quelques milliers de ligne de code, estime-t-elle :

Un hacker apprend puis aime bien partager avec les autres, et non garder pour lui. Dans un sens, c’est un peu comme on dit chez nous, apprendre, pratiquer et partager.

Pour moi un hacker possède un certain bagage, il maitrise à fond. Est-ce que je suis une hackeuse ? Je dirais peut-être, bien que j’aimerais apprendre davantage pour affirmer cela.

Modeste, pour sûr, comme en témoigne la réaction de fo0, du collectif d’hacktivistes Telecomix, en voyant l’activité de ShellMates :

Horizontalité et do-ocracy

Une fille chez aspirants hackers, ça ne pose pas de problème ? Nenni :

Certains auraient voulu que ce soit un mec mais chez les hackers, il n’y a pas de notion de présidente, chacun participe. À partir de là, ça ne pose pas de problème.

Des hackers, Sabrina a au moins un trait : elle pratique la do-ocracy, le respect à ceux qui font, et non à ceux qui restent dans les discours incantatoires. À peine trois mois de présidence et déjà un beau projet réalisé : faire venir dans l’école les trois Français de Jerry pour qu’ils montrent aux étudiants comment faire un serveur low-cost DIY adapté aux besoins locaux, dans un jerrycan. L’administration a soutenu l’initiative et l’a même saluée sur le site officiel. Dans un pays miné par la bureaucratie au point de décourager bien des initiatives, c’est appréciable et encourageant pour le futur de cette jeunesse.

Sabrina tire un bilan positif de cet atelier :

Construire soi-même, le DIY, ça nous plaisait, c’est nouveau. Chaque fois qu’on a un problème, on achète quelque chose de nouveau. Quand on a le produit final, ça fait vraiment plaisir, je l’ai fait.
Nous avons pu partager les connaissances, même pendant les pauses. Il y avait 35 personnes le premier jour, je suis contente.

Petite déception attendue : l’expérience ne pourra pas être poursuivie à Oran, « à cause de l’administration ».

En pleine bidouille avec d'autres étudiants.

En pleine bidouille avec d’autres étudiants.

Avec des amies de l’école, elle a mis la main à la pâte avec joie. Leur Jerry kaki barré d’un  « caution » jaune pétant abrite un récepteur de SMS, pour mettre à jour des bases de données. Il permettra de gérer les événements du club par exemple. Bien sûr, un système d’exploitation libre Ubuntu fait tourner la bête.

« Inch allah », un seconde BSides Algiers sera organisée par le club au printemps. L’année dernière déjà, il avait monté la première édition locale de cet événement dédié à la sécurité informatique, « la première au MENA (Middle-East and North Africa, ndlr) », souligne-t-elle.

Politique de côté

Jerry squattait la bibliothèque de l’école. S’ils reviennent dans un an, peut-être poseront-ils leurs bidons dans un hackerspace ? Cela fait partie des projets de mademoiselle la présidente :

J’aimerais bien qu’il y ait un genre de hackerspace pour toucher un peu plus de monde. Car il y a des gens qui travaillent de leur côté, j’aimerais bien qu’à chaque fois que quelqu’un aime faire quelque chose, il le partage, et avec davantage de monde.

Pour autant, contexte oblige, sa vision du hack n’est pas politique du tout, à l’image de celle de tous nos interlocuteurs sur le sujet :

C’est surtout dans le but d’apprendre. Si quelqu’un hacke un site, c’est juste pour dire qu’il est capable de le faire mais pas pour ennuyer, au contraire, il contribue à quelque chose de plus grand que lui.

Et quand on lui demande si aimer comprendre le fonctionnement des choses ne relève pas au fond de la politique, elle persiste :

Ce n’est pas le but initial.


Texte : Sabine
Photos : Ophelia

Il est possible que cet article contiennent des fôtes. Pas taper, on n’est pas SR et on gère tout avec nos quatre mimines, mais plutôt le signaler gentiment en commentaire ou pas mail hackerscitearabe [at] gmail [dot] com.

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Une réflexion sur “Mademoiselle la présidente du club de sécurité informatique

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