Emeka Okafor : « Je prône la localisation du mouvement maker »

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Emeka Okafor at TEDGLOBAL 2012 in Scotland. Photo Ryan Lash for TED (ccbync)

Depuis 2009, Maker Faire, ce concept de grande foire aux bidouilleurs né aux États-Unis, s’est installée en Afrique. En 2011, sa troisième édition a eu lieu au Caire en Égypte. Nous avons interviewé Emeka Okafor, un entrepreneur New Yorkais à l’origine des Maker Faire Africa (MFA). Extrait, portant sur le sujet qui peut fâcher : une forme de néo-colonialisme technique et culturel n’est-il pas à l’œuvre ?

Petit point de vocabulaire pour les néophytes : quelle est la différence entre un maker et un hacker ? Les deux termes sont souvent confondus, non sans raisons : les deux communautés sont proches, prônent la créativité, l’ingéniosité, le partage. Les makers en revanche se concentrent sur les objets physiques, le hardware, alors que le hacker peut s’exercer aussi sur le logiciel, le software. Historiquement, c’est son terrain de jeu initial, au MIT dans les années 60. Et les vrais hackers ont quelque chose de plus subversif que les makers : au fond, le hacking est un état d’esprit qui s’applique à tous les champs, jusqu’au politique, exhalant les libertés numériques, et en particulier la liberté de circulation de l’information. Il apprécie aussi davantage les chemins de traverse.

Tout cela est bien sûr théorique et ce qui compte, c’est ce que font les gens.

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L’imprimante 3D offerte par MakerBot pour Maker Faire Africa 2011 au Caire. Image CC Flickr CC by sa maltman23

On pourrait objecter que la communauté des hackers occidentaux plaque son point de vue et ses façons de faire, parfois avec des visées commerciales, à celles de l’Afrique. Par exemple, l’entreprise américaine MakerBot a fait don d’une imprimante 3D à MFA au Caire. Le terme hacking lui-même est occidental, la figure du maker est liée à l’histoire des États-Unis, avec cette image d’un pays qui s’est fait lui-même, le self-made man. Qu’en pensez-vous ?

Vous évoquez un point très, très important. C’est quelque chose que nous aimons souligner dans les endroits où nous allons : le but n’est pas de débarquer de New York, Londres ou Paris et de dire « faire du making, c’est ça ». La plupart du temps, il y avait déjà du making dans ces pays, avant qu’on arrive pour l’appeler ainsi. Personnellement, je considère que le making consiste à valoriser ceux qui sont déjà sur place, et à leur donner une plate-forme pour qu’ils puissent discuter de l’importance de ce qu’ils font.

Et je pense que c’est important, prenez Lamba Labs, à Beyrouth : en discutant avec des gens comme Bilal (Ghalib, ndlr, un Américain d’origine irakienne dont l’association Gemsi aide à créer des hackerspaces dans les pays en développement), et d’autres collègues comme Jennifer Wolfe (une designeuse, membre de Maker Faire Africa, ndlr), ce sur quoi nous insistons, c’est la nécessité de se réapproprier le terme et que les gens de là-bas le comprennent, et le comprennent de la façon dont ils ont le sentiment qu’ils devraient le comprendre. Pas ce qui se passe à San Francisco, à Londres ou à Moscou, il faut que ce soit comme les gens le voient à Tunis ou au Caire.
Je ne suis pas familier de l’Égypte, davantage avec des endroits comme le Nigeria, mais le point commun entre ces pays, selon moi, c’est qu’ils éprouvent toujours le besoin de s’imaginer que c’est mieux si ça vient de l’extérieur, ou que c’est de meilleure qualité, et nous ignorons le travail brillant qui y est fait.

Donc si nous observons le hacking et le making, ces labs et ces lieux qui vont pousser dans le futur, et la réflexion autour, l’objectif devrait être de rétablir ce qui existe déjà. Et même de trouver son propre nom à ces pratiques. J’aimerais voir des événements comme Maker Faire Africa qui ne s’appellent pas Maker Faire Africa, basés sur de beaux termes nationaux évocateurs. C’est vraiment important que les gens ne considèrent pas cela comme un phénomène étranger. Car même ici aux États-Unis, beaucoup de gens, quand vous dites “making”, ils répondent : “on fait cela depuis des années, et alors ?” Cette conversation a aussi lieu ici.

Design pour l'édition 2012 de Maker Faire Africa au Caire par Jennifer

Design pour l’édition 2012 de Maker Faire Africa au Caire par Jennifer

Je pense que, que ce soit au Caire, à Beyrouth, à Lagos, au Kenya ou en Inde, les gens ont besoin de dire : au fond, la question c’est que *nous* exercions notre créativité dans un champ large, et que nous admirions ce que nous faisons. Si vous allez dans une Maker Faire à New York, vous verrez des gens issus de la communauté de la cuisine locale, qui sont fiers de ce qu’ils produisent spontanément. Pourquoi ne pourrait-on pas avoir la même chose au Caire ? Pourquoi les artisans à la campagne dans n’importe quel endroit au Moyen Orient ne réexaminerait-il pas les raisons pour lesquelles ils fabriquent pour remixer avec ce qui est nouveau et créer ainsi quelque chose d’unique ?

Je prône la localisation du mouvement maker, l’appréciation et la valorisation de ce que chaque pays, chaque région, chaque culture, possède, qui leur est propre, et sa célébration.


Pour prolonger 

Le blog d’Emeka Okafor, Timbuktu Chronicles

When consumers become creators

Tinkers, Hackers, Farmers, Crafters

L’Afrique, berceau de la bidouille

Il est possible que cet article contiennent des fôtes. Pas taper, on n’est pas SR et on gère tout avec nos quatre mimines, mais plutôt le signaler gentiment en commentaire ou pas mail hackerscitearabe [at] gmail [dot] com.

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4 réflexions sur “Emeka Okafor : « Je prône la localisation du mouvement maker »

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