Des fab labs pour réinventer l’école égyptienne

Cinq fab labs doivent être implantés dans des écoles du Caire dans les quatre ans qui viennent, financés par l’aide au développement américaine. Reportage au premier fab lab d’Egypte, qui collabore à ce programme, pendant une visite scolaire.

Les élèves sont sagement assis, les rangs ressemblent à ceux de l’école mais la présentation à laquelle ils assistent est censée leur ouvrir des portes pédagogiques sans fin : une vingtaine d’élèves d’une école de garçons du Caire sont venus découvrir le concept de fab lab in situ, en attendant d’avoir le leur, inch’allah cet été.

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La démonstration du fonctionnement de la découpe laser est faite par un jeune.

Nos collégiens commencent par un peu de théorie, sous la houlette de Mahmoud El-Safty, le jeune co-fondateur de ce premier fab lab égyptien, créé en 2011. Sous l’abri léger recouvrant la petite cours où ont été alignées les chaises, ils découvrent les fabrication laboratories, ces espaces de prototypage rapide et de bricolage, boostés au numérique. Conceptualisés au début des années 2000 au MIT par le professeur Neil Gershenfeld, les fab labs constituent désormais un réseau mondial qui fonctionne sur le partage des connaissances.

Nous ne comprenons pas l’arabe mais des mots-clés sonnent familièrement : open source, laser cutter, etc. Outre la force du réseau, le numérique décuple aussi les capacités des outils, avec la démocratisation des machines-outils assistées par ordinateur qui exécutent le plan que vous avez conçu, ou récupéré en ligne, voire adapté ensuite.

Mahmoud El Safty co-fondateur du fab lab du Caire (Gizeh)

Mahmoud El Safty, le jeune co-fondateur du fab lab du Caire, situé dans la banlieue de Gizeh.

Pour Mahmoud, les fab labs sont la nouvelle trousse à même de pallier les défauts du système scolaire égyptien et d’affronter les défis :

Après la présentation, les élèves découvrent les machines, massées dans une vingtaine de mètres carrés. La visite guidée, démo à l’appui, est faite par des utilisateurs du fab lab guère plus âgés que leur public. Et si tout se passe bien, eux aussi expliqueront à leur tour le fonctionnement de la découpe laser ou de l’imprimante 3D aux néophytes. Car la dimension éducative est au cœur de la charte des fab labs.

Mohamed Abbas, le professeur de mathématiques qui les accompagne, est tout aussi convaincu de l’enjeu :

Voilà deux mois, il était en voyage aux États-Unis, au cours duquel il a découvert les fab labs : une école STEM (science, technology, engineering, and mathematics) de Cleveland en possédait un. Bientôt, son école aura le sien, comme quatre autres du Caire. C’est le fruit d’un partenariat avec World learning, une vieille ONG américaine qui œuvre dans une soixantaine de pays dans le domaine de l’éducation, du développement international et des programmes d’échange. Dans le cadre d’un accord avec le gouvernement égyptien, 25 millions de dollars seront injectés par l’Usaid, l’aide au développement américaine, dans des programmes éducatifs, et World learning s’est associée, avec d’autres.

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Mohamed Abbas, professeur de mathématiques, est impatient que son école ait un fab lab.

« Le manque d’emplois pour les jeunes et les frustrations causées par le système éducatif égyptien faisait partie des problèmes exprimés lors de la révolution de 2011, indique World Learning. Le gouvernement travaille à résoudre ces problèmes à travers un engagement important dans des programmes éducatifs innovants. »

Discret dans un coin, détonnant juste par ses cheveux roux et sa peau pâle, plutôt propre sur lui que mains dans le cambouis, Justin Duffy, de World Learning , détaille le projet :

On n’en saura pas plus sur le reproche de « néo-colonialisme » que certains adressent à ce type d’initiative : no comment. Quant à Mahmoud, il la rejette en bloc, évoquant l’héritage millénaire du DIY en Égypte.

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La question ne semble pas tarauder nos élèves qui, les explications finies, continuent de fureter autour des machines. « Mes étudiants sont très intéressés, ils pensent qu’ils peuvent faire plein de choses avec », témoigne Mohamed Abbas. À condition que les machines fonctionnent bien : un élève exprime sa déception que l’une d’elles bugue. En construire de nouvelles avec celles déjà existantes fait d’ailleurs partie du programme des fablabers, nous précise Mahmoud.

Si le fab lab parvient effectivement à décoincer les élèves et à ouvrir leur créativité, le principal obstacle pourrait bien être administratif, comme le déplore Aser.

Aser, bidouilleur, étudiant et volontaire au Fab Lab du Caire/Gizeh.

Aser, bidouilleur, étudiant et volontaire au fab lab.

 Le gamin a 18 ans mais il en parait 25, il traine sa carrure de rugbyman voutée, chaussures lourdes de technicien aux pieds, il y a dans son expression quelque chose de triste, comme par avance battu. Il suffit de l’entendre décrire tous les obstacles auquels se heurte son talent pour comprendre :

L’argent peut acheter toutes les machines du monde, si le carcan administratif reste kafkaïen, les belles énergies des élèves s’épuiseront.

Reportage réalisé en février 2013

Texte et montage son : Sabine

Photos et prise de son : Ophelia

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