[Ebook] Hackers, bâtisseurs depuis 1959

 Toulouse, mai 2011. Laura, a croisé le chemin du Tetalab, le hackerspace toulousain, pendant ses études aux Beaux-Arts. Entre D.I.Y, transdisciplinarité et sens de l’indiscipline, Laura a trouvé sa place. - Photo Ophelia Noor

Toulouse, mai 2011. Laura, a croisé le chemin du Tetalab, le hackerspace toulousain, pendant ses études aux Beaux-Arts. Entre D.I.Y, transdisciplinarité et sens de l’indiscipline, Laura a trouvé sa place. – Photo Ophelia Noor

Aujourd’hui, la porte d’entrée grand public dans l’univers des hackers, ce sont les reportages racoleurs au JT de 20 heures sur les « vilains-pirates-chinois-qui-en-veulent-à-votre-CB ». Hackers = vilain, et puis c’est tout. Ces mêmes JT seront aussi diffusés en replay sur Internet. En toute contradiction.

Car sans les hackers, il n’y aurait pas d’Internet. Il n’y aurait pas d’ordinateur non plus. Avant d’en arriver à nos PC connectés à 5 megabits/seconde, il y a un demi-siècle d’histoire du hacking. Stricto sensu, le hacking n’est rien d’autre que l’usage créatif des techniques, l’art de démonter les systèmes – hacker signifie mettre en pièces en anglais – pour mieux en reconstruire d’autres, en fonction de ses envies, ses besoins, son simple plaisir. Autrement dit, sous le clavier de Jude Milhon, « St. Jude », patronne des hackers, morte en 2003 :

Le contournement intelligent des limites imposées, qu’elles le soient par votre gouvernement, vos propres capacités ou les lois de la physique.

Si la littérature sur le domaine n’est pas inexistante, elle est malheureusement trop souvent en anglais. Il faut lire Hackers: Heroes of the Computer Revolution, l’ouvrage référence de Steven Levy, pour se plonger avec délice dans les prémisses du hacking moderne, au Massachusetts Institute of Technology, le prestigieux MIT. Une histoire qui commence dans un club de modèle réduit de train, à une époque où les ordinateurs font passer le bahut normand de grand-maman pour une table de chevet.

 Finowurt, près de Berlin, août 2011. Atelier soudure entre père et fils conduit par le hacker Mitch Altman au Chaos Communication Camp. Le CCC, le plus grand rassemblement de hackers au monde, a lieu tous les quatre ans.Mitch Altman a publié en Creative Commons un petit guide (.pdf) de la soudure facile (“soldering is easy”). - Photo Ophelia Noor

Finowurt, près de Berlin, août 2011. Atelier soudure entre père et fils conduit par le hacker Mitch Altman au Chaos Communication Camp. Le CCC, le plus grand rassemblement de hackers au monde, a lieu tous les quatre ans.Mitch Altman a publié en Creative Commons un petit guide (.pdf) de la soudure facile (“soldering is easy”). – Photo Ophelia Noor

Nous ne parlons pas que de technique dans notre eBook. La richesse extraordinaire de ces gens ingénieux est indissociable d’une éthique : libre accès aux machines et au code, liberté de l’information, et donc partage des connaissances, éloge du code comme véritable art, primauté de l’horizontalité contre la pyramide hiérarchique, des actes et non des grands discours incantatoires, ce qu’on appelle la do-ocracy.

Historiquement centrés sur le logiciel, le software, les hackers exercent maintenant aussi leur curiosité et leur inventivité sur les objets, le hardware. Les années 2000 sont celles d’un retour au physique, avec l’explosion des lieux de travail collaboratifs qui gravitent autour de cette sphère : hackerspaces, makerspaces, fab labs, etc. Récemment, on observe même un effet de mode autour du DIY, le do-it-yourself, « faites-le vous-même » : il suffit de bidouiller trois LED et une imprimante 3D pour se revendiquer hacker.

De la cave au Parlement européen

En soi, le hacking est donc éminemment politique, au sens noble du terme, qui renvoie étymologiquement à l’organisation de la cité : il est un pied de nez permanent aux systèmes fermés et oligarchiques, toutes tentatives de confiscation du savoir.

 Soulever le capot, un des fondement de la culture hacker. Un des nombreux robots du Tetalab (THSF), le hackerspace de Toulouse, dans ses locaux partagés avec le collectif d’artistes Mix’art Myris. - Photo Ophelia Noor

Soulever le capot, un des fondement de la culture hacker. Un des nombreux robots du Tetalab (THSF), le hackerspace de Toulouse, dans ses locaux partagés avec le collectif d’artistes Mix’art Myris. – Photo Ophelia Noor

Ces « sorcières » modernes, pour reprendre l’expression de l’e-zine underground Phrack, sont prises en chasse dès les années 70, et la chasse s’intensifie au fur et à mesure qu’un écosystème se développe autour de l’informatique et de l’Internet. En face, la communauté se mobilise, « l’hacktivisme » se structure, avec par exemple la création de l’Electronic Frontier Foundation (EFF) en 1990.

Politisés, certains hackers sont carrément entrés dans la danse politique « classique », avec le Parti Pirate, né de la lutte du site de téléchargement The Pirate Bay. Somme, c’est un système qu’on peut bidouiller comme un autre, nous l’avait expliqué l’élu berlinois Pavel Mayer, proche du Chaos Computer Club, l’influent collectif allemand :

La machine politique du Parlement a des boutons, des leviers, que vous pouvez contrôler, vous devez comprendre ce qui se passe si vous les actionnez. On modifie la machine quand on sait exactement comment elle fonctionne.

En théorie, l’esprit du hacking s’applique à tout domaine. Mais le système politique, coriace, se laissera-t-il détourner ? À moins que ce ne soit lui qui hacke les hackers…


Cliquez sur la première photo pour accéder à la galerie.


REVUE DE PRESSE

France Culture – Place de la toile : L’histoire des hackers (radio)
RFI – L’Atelier des médias : Le hacking, une renaissance façon 21ème siècle ? (radio)
France Inter – Chronique « Sans déconnecter » (radio)
Ecrans.fr /Libération – « Hackers, bâtisseurs depuis 1959 », les premières pages. (+ webtv)


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Hackers, bâtisseurs depuis 1959.” (105 pages, 4,49 euros) est disponible au format epub sur  Immatériel, la FNAC (Kobo) et Amazon (Kindle), ainsi que sur OWNI Shop au format .PDF et epub, sans marqueur ni DRM.

Article publié sur Owni.fr le 08 novembre 2012 sous licence CC-BY-NC-SA.

Voir le diaporama de l’ebook, sur Owni.

Photographies par Ophelia Noor sous licence CC-BY-NC-ND.

Les 18 premières pages de l’ebook sont téléchargeables ici [PDF]

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