Jay Cousins (icecairo) : « Le hacking est en haut de nos priorités » [FR/EN]

Jay Cousins travaille à icecairo, au Caire, un jeune espace de co-working/incubateur de start-ups green tech qui aura bientôt son laboratoire de fabrication. Cette structure, aidée par GIZ, l’agence de coopération allemande, est appelée à être déclinée dans d’autres villes, comme à Alexandrie.

Cet Anglais qui se décrit comme un « catalyseur de communauté », est revenu sur les liens que ICE entretient et souhaite développer avec les hackers. Extraits de notre entretien.

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« En général, nous souhaitons donner les moyens aux gens de résoudre leurs propres problèmes. iceairo est centré spécifiquement sur l’environnement mais on se concentre sur les technologies open source qui sont un outil d’habilitation et d’empowerment car un tas de problèmes ont déjà été résolus ailleurs dans le monde. L’open source et la mentalité hacker sont vraiment essentiels pour nous pour beaucoup de ce que nous faisons : « si tu n’aimes pas quelque chose alors change-le. »

Donc les deux vont vraiment main dans la main et ces espaces encouragent les gens à adopter cette approche, prendre la responsabilité de changer, d’améliorer leur environnement en se regroupant pour des activités ou en montant leurs propres projets dans l’électronique comme du suivi qualité, utiliser l’énergie solaire ou le biogaz. Ces systèmes sont construits sur des idées déjà existantes, des technologies open source appliquées avec du matériel approprié disponible sur place. Toutes ces choses ont le hacking, le fait de faire et de prendre de nouvelles approches à la base.

Nous essayons d’encourager cet esprit de collaboration, que les gens à partager ce qu’ils savent et ce qu’ils ont appris et construisent des choses ensemble pour qu’ils puissent élaborer leur propre business et résoudre leurs problèmes d’une façon qui soit économiquement viable. Le hacking est la compétence centrale que nous espérons développer avec le business, la collaboration et la communication, il y a un tas de choses différents qui se complètent mutuellement. Le hacking est vraiment en haut de nos priorités. »

« Business », le mot n’est pas tabou. Revenant sur la création récente d’icealexandria, qui partage locaux et projets avec un hackerspace (et son url Facebook) et des jeunes passionnés de robotique, Jay Cousins détaille l’approche de GIZ :

« Nous essayons d’avoir une approche plus commerciale qui puisse être durable pour créer ces opportunités. Donc les découpes laser leur seront louées, ce qui les encouragera à mettre en place des ateliers et à construire des produits ce qui les aideront à nous racheter ces outils. Il y a donc une pression pour démontrer que cela est économiquement viable.

C’est un exemple mais nous faisons cela pour chaque outil que nous leur donnons et tous les composant du hackerspace ou du fab lab – appelez-le comme vous voulez – doit être accompagné d’un modèle économique car autrement ce sont juste des jouets et je ne me sens pas à l’aise avec le fait de donner des jouets. Nous voulons que tout ce que nous donnons ait de la valeur, aide vraiment la communauté et lui permette de se renforcer. »

Une approche très pragmatique qui peut faire fuir les hackers les plus « puristes »…

Si les lecteurs soundcloud ne s’affichent pas dans votre navigateur, suivez ces liens :

http:// soundcloud.com/leshackersdanslacitearabe/interview-de-jay-cousins-de

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Hacker des pyramides (aka Touthackamon)

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En dépit d’un regain de tension en Égypte en ce moment (voir ci-dessous), nous maintenons notre programme en nous envolant ce jeudi pour Le Caire, jusqu’au 14. Soit une semaine pour aller visiter la poignée de lieux qui s’est ouverte ces dernières années.

Hackerspaces.org, site-ressource bien utile, en recense cinq ouverts ou en construction. Des données pas très fiables car elles sont fournies par les gens de la communauté qui ne les mettent pas toujours à jour et parce qu’elles ne sont pas vérifiées avant mise en ligne. Pour preuve l’anecdote que racontait Tarek Ahmed au quotidien The Egypt Independent :

Quand Tarek Ahmed a décidé de lancer le premier hackerspace d’Égypte, il n’a ni réuni ses connaissances ni cherché un lieu.

« J’ai juste menti », explique-t-il.

Il a créé un profil sur Hackerspaces.org, en prétendant avoir déjà un espace prêt et qui fonctionnait. Finalement, des gens l’ont contacté et Tarek Ahmed et un groupe de passionnés d’électronique et de mécanique ont commencé à se réunir dans des coffee shops pour réfléchir et faire des plans.

Rapidement, ce qui était un mensonge est devenu réalité.

C’était en 2009. Depuis, Alexandria hackerspace a émergé, avec des locaux fraichement inauguré ce samedi.

El-Mynia hackerspace n’a pas fait long feu, faute d’une communauté assez importante dans cette ville de quelque 200 000 habitants à 250 km au sud du Caire.

Quant à Idea Hackerspace et Iskandria hackerspace, il s’agit en fait d’essai de création de profil, nous a précisé Tarek.

Rajoutons un fab lab au Caire, le premier du pays. Pour ceux qui ne connaissent pas les fab labs (fabrication laboratory), il s’agit de lieux ouverts dédiés au prototypage rapide et au bricolage, qui met entre autres à disposition des machines-outils assistées par ordinateur. Le concept est né au MIT au début des années 2000, avec l’idée de décloisonner les mondes matériel et numérique, comme le suggère le nom de la structure en charge de leur développement, le Center for bits and atoms. Les fab labs constituent un réseau de plusieurs centaines d’espaces sur tous les continents, avec une dimension éducative forte, et le souhait de relocaliser la production pour s’adapter aux besoins et favoriser la créativité et l’innovation.

Enfin, Tarek nous a renvoyé aussi vers IceCairo, un hub dédié à l’innovation technologique, en particulier les green techs, et qui prône des pratiques collaboratives.

Temps fort

En octobre 2011, la communauté hacker a connu un moment important avec l’organisation de la première Maker Faire Africa dans un pays arabe, en lien avec l’association américaine Gemsi, qui soutient la création de hackerspaces dans les pays en développement. Étaient ainsi de la fête Bilal Ghalib, un Américain d’origine irakienne derrière cette association, et Mitch Altman, figure forte de la communauté, co-créateur du hackerspace de San Francisco NoiseBridge. Bilal, qui sera en Égypte juste avant nous (#fail) et qu’on espère bien attraper au moins en chat vidéo.

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À l’extrême-gauche, Bilal Ghalib, au milieu avec la tignasse colorée Mitch Altman, et tout autour des gens du Cairo hackerspace qu’on ne connait pas (encore :). Photo Flickr CC by sa.


Prudence

Ces dernières semaines, les violences ont repris en Égypte, alors que le Printemps arabe fête ses deux ans. Pour autant, partir dans le pays ne relève pas de la folie suicidaire, comme les images de manifestation peuvent le laisser croire. Nous nous sommes bien sûres renseignées auprès de confrères/sœurs sur place ou qui y ont travaillé. Si certains quartiers sont effectivement chauds, le reste de la ville ne présente pas de danger particulier. Nous serons accompagnées par Flo Laval, un ami réalisateur costaud, ce qui est plus qu’utile dans un pays où il est déconseillé aux femmes de se promener seules dans la rue, a fortiori si elles ont des têtes de touristes.

Et nous chercherons à être accompagnées dans la mesure du possible par des locaux, et c’est dans ce sens que nous avons déjà calé nos rendez-vous. Et évidemment, on ne va pas se promener place Tahrir la nuit en jupe ras-la-t…

Il est possible que cet article contiennent des fôtes. Pas taper, on n’est pas SR et on gère tout avec nos quatre mimines, mais plutôt le signaler gentiment en commentaire ou pas mail hackerscitearabe [at] gmail [dot] com.

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