Hacker des pyramides (aka Touthackamon)

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En dépit d’un regain de tension en Égypte en ce moment (voir ci-dessous), nous maintenons notre programme en nous envolant ce jeudi pour Le Caire, jusqu’au 14. Soit une semaine pour aller visiter la poignée de lieux qui s’est ouverte ces dernières années.

Hackerspaces.org, site-ressource bien utile, en recense cinq ouverts ou en construction. Des données pas très fiables car elles sont fournies par les gens de la communauté qui ne les mettent pas toujours à jour et parce qu’elles ne sont pas vérifiées avant mise en ligne. Pour preuve l’anecdote que racontait Tarek Ahmed au quotidien The Egypt Independent :

Quand Tarek Ahmed a décidé de lancer le premier hackerspace d’Égypte, il n’a ni réuni ses connaissances ni cherché un lieu.

« J’ai juste menti », explique-t-il.

Il a créé un profil sur Hackerspaces.org, en prétendant avoir déjà un espace prêt et qui fonctionnait. Finalement, des gens l’ont contacté et Tarek Ahmed et un groupe de passionnés d’électronique et de mécanique ont commencé à se réunir dans des coffee shops pour réfléchir et faire des plans.

Rapidement, ce qui était un mensonge est devenu réalité.

C’était en 2009. Depuis, Alexandria hackerspace a émergé, avec des locaux fraichement inauguré ce samedi.

El-Mynia hackerspace n’a pas fait long feu, faute d’une communauté assez importante dans cette ville de quelque 200 000 habitants à 250 km au sud du Caire.

Quant à Idea Hackerspace et Iskandria hackerspace, il s’agit en fait d’essai de création de profil, nous a précisé Tarek.

Rajoutons un fab lab au Caire, le premier du pays. Pour ceux qui ne connaissent pas les fab labs (fabrication laboratory), il s’agit de lieux ouverts dédiés au prototypage rapide et au bricolage, qui met entre autres à disposition des machines-outils assistées par ordinateur. Le concept est né au MIT au début des années 2000, avec l’idée de décloisonner les mondes matériel et numérique, comme le suggère le nom de la structure en charge de leur développement, le Center for bits and atoms. Les fab labs constituent un réseau de plusieurs centaines d’espaces sur tous les continents, avec une dimension éducative forte, et le souhait de relocaliser la production pour s’adapter aux besoins et favoriser la créativité et l’innovation.

Enfin, Tarek nous a renvoyé aussi vers IceCairo, un hub dédié à l’innovation technologique, en particulier les green techs, et qui prône des pratiques collaboratives.

Temps fort

En octobre 2011, la communauté hacker a connu un moment important avec l’organisation de la première Maker Faire Africa dans un pays arabe, en lien avec l’association américaine Gemsi, qui soutient la création de hackerspaces dans les pays en développement. Étaient ainsi de la fête Bilal Ghalib, un Américain d’origine irakienne derrière cette association, et Mitch Altman, figure forte de la communauté, co-créateur du hackerspace de San Francisco NoiseBridge. Bilal, qui sera en Égypte juste avant nous (#fail) et qu’on espère bien attraper au moins en chat vidéo.

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À l’extrême-gauche, Bilal Ghalib, au milieu avec la tignasse colorée Mitch Altman, et tout autour des gens du Cairo hackerspace qu’on ne connait pas (encore :). Photo Flickr CC by sa.


Prudence

Ces dernières semaines, les violences ont repris en Égypte, alors que le Printemps arabe fête ses deux ans. Pour autant, partir dans le pays ne relève pas de la folie suicidaire, comme les images de manifestation peuvent le laisser croire. Nous nous sommes bien sûres renseignées auprès de confrères/sœurs sur place ou qui y ont travaillé. Si certains quartiers sont effectivement chauds, le reste de la ville ne présente pas de danger particulier. Nous serons accompagnées par Flo Laval, un ami réalisateur costaud, ce qui est plus qu’utile dans un pays où il est déconseillé aux femmes de se promener seules dans la rue, a fortiori si elles ont des têtes de touristes.

Et nous chercherons à être accompagnées dans la mesure du possible par des locaux, et c’est dans ce sens que nous avons déjà calé nos rendez-vous. Et évidemment, on ne va pas se promener place Tahrir la nuit en jupe ras-la-t…

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Emeka Okafor : « Je prône la localisation du mouvement maker »

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Emeka Okafor at TEDGLOBAL 2012 in Scotland. Photo Ryan Lash for TED (ccbync)

Depuis 2009, Maker Faire, ce concept de grande foire aux bidouilleurs né aux États-Unis, s’est installée en Afrique. En 2011, sa troisième édition a eu lieu au Caire en Égypte. Nous avons interviewé Emeka Okafor, un entrepreneur New Yorkais à l’origine des Maker Faire Africa (MFA). Extrait, portant sur le sujet qui peut fâcher : une forme de néo-colonialisme technique et culturel n’est-il pas à l’œuvre ?

Petit point de vocabulaire pour les néophytes : quelle est la différence entre un maker et un hacker ? Les deux termes sont souvent confondus, non sans raisons : les deux communautés sont proches, prônent la créativité, l’ingéniosité, le partage. Les makers en revanche se concentrent sur les objets physiques, le hardware, alors que le hacker peut s’exercer aussi sur le logiciel, le software. Historiquement, c’est son terrain de jeu initial, au MIT dans les années 60. Et les vrais hackers ont quelque chose de plus subversif que les makers : au fond, le hacking est un état d’esprit qui s’applique à tous les champs, jusqu’au politique, exhalant les libertés numériques, et en particulier la liberté de circulation de l’information. Il apprécie aussi davantage les chemins de traverse.

Tout cela est bien sûr théorique et ce qui compte, c’est ce que font les gens.

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L’imprimante 3D offerte par MakerBot pour Maker Faire Africa 2011 au Caire. Image CC Flickr CC by sa maltman23

On pourrait objecter que la communauté des hackers occidentaux plaque son point de vue et ses façons de faire, parfois avec des visées commerciales, à celles de l’Afrique. Par exemple, l’entreprise américaine MakerBot a fait don d’une imprimante 3D à MFA au Caire. Le terme hacking lui-même est occidental, la figure du maker est liée à l’histoire des États-Unis, avec cette image d’un pays qui s’est fait lui-même, le self-made man. Qu’en pensez-vous ?

Vous évoquez un point très, très important. C’est quelque chose que nous aimons souligner dans les endroits où nous allons : le but n’est pas de débarquer de New York, Londres ou Paris et de dire « faire du making, c’est ça ». La plupart du temps, il y avait déjà du making dans ces pays, avant qu’on arrive pour l’appeler ainsi. Personnellement, je considère que le making consiste à valoriser ceux qui sont déjà sur place, et à leur donner une plate-forme pour qu’ils puissent discuter de l’importance de ce qu’ils font.

Et je pense que c’est important, prenez Lamba Labs, à Beyrouth : en discutant avec des gens comme Bilal (Ghalib, ndlr, un Américain d’origine irakienne dont l’association Gemsi aide à créer des hackerspaces dans les pays en développement), et d’autres collègues comme Jennifer Wolfe (une designeuse, membre de Maker Faire Africa, ndlr), ce sur quoi nous insistons, c’est la nécessité de se réapproprier le terme et que les gens de là-bas le comprennent, et le comprennent de la façon dont ils ont le sentiment qu’ils devraient le comprendre. Pas ce qui se passe à San Francisco, à Londres ou à Moscou, il faut que ce soit comme les gens le voient à Tunis ou au Caire.
Je ne suis pas familier de l’Égypte, davantage avec des endroits comme le Nigeria, mais le point commun entre ces pays, selon moi, c’est qu’ils éprouvent toujours le besoin de s’imaginer que c’est mieux si ça vient de l’extérieur, ou que c’est de meilleure qualité, et nous ignorons le travail brillant qui y est fait.

Donc si nous observons le hacking et le making, ces labs et ces lieux qui vont pousser dans le futur, et la réflexion autour, l’objectif devrait être de rétablir ce qui existe déjà. Et même de trouver son propre nom à ces pratiques. J’aimerais voir des événements comme Maker Faire Africa qui ne s’appellent pas Maker Faire Africa, basés sur de beaux termes nationaux évocateurs. C’est vraiment important que les gens ne considèrent pas cela comme un phénomène étranger. Car même ici aux États-Unis, beaucoup de gens, quand vous dites “making”, ils répondent : “on fait cela depuis des années, et alors ?” Cette conversation a aussi lieu ici.

Design pour l'édition 2012 de Maker Faire Africa au Caire par Jennifer

Design pour l’édition 2012 de Maker Faire Africa au Caire par Jennifer

Je pense que, que ce soit au Caire, à Beyrouth, à Lagos, au Kenya ou en Inde, les gens ont besoin de dire : au fond, la question c’est que *nous* exercions notre créativité dans un champ large, et que nous admirions ce que nous faisons. Si vous allez dans une Maker Faire à New York, vous verrez des gens issus de la communauté de la cuisine locale, qui sont fiers de ce qu’ils produisent spontanément. Pourquoi ne pourrait-on pas avoir la même chose au Caire ? Pourquoi les artisans à la campagne dans n’importe quel endroit au Moyen Orient ne réexaminerait-il pas les raisons pour lesquelles ils fabriquent pour remixer avec ce qui est nouveau et créer ainsi quelque chose d’unique ?

Je prône la localisation du mouvement maker, l’appréciation et la valorisation de ce que chaque pays, chaque région, chaque culture, possède, qui leur est propre, et sa célébration.


Pour prolonger 

Le blog d’Emeka Okafor, Timbuktu Chronicles

When consumers become creators

Tinkers, Hackers, Farmers, Crafters

L’Afrique, berceau de la bidouille

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[Archives] Africa: the new cradle of hacking

Until recently spaces in Africa for hackers to meet and build creative communities have been in short supply. But the success of Maker Faire Africa could change all that, in a continent in search of new solutions to old problems.

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A hackerspace is a meeting place for hackers, those folk who make creative use of technology. They are virtually absent in Africa, with less than a dozen in the whole continent. By contrast they are blossoming in the rest of the world, in the West but also in South America and Asia.

But it’s a situation that could change soon, judging by the success of the most recent Maker Faire Africa which, along the lines of its western counterpart, gathered together hundreds of makers (those believers in the church of DIY, and a group with close ties to the hacker community) from across the continent in Cairo, Egypt. “There was enormous enthusiasm,” explains Emeka Okafor, one of the event’s organizers. “This (event) alone shows that there is an appetite for hackerspaces and makerspaces.”

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It’s this enthusiasm which bodes well for the future of those who do-it-themselves on a continent ready made to embrace the concept. DIY here is not a fad for bourgeois geeks; economic underdevelopment makes it a necessity. “Here in Africa, people really do invent and build things from scratch,” says Tarek Ahmed, who created Cairo Hacker Space. “In Europe and the United States hackers are luckier, they don’t really have to worry about a whole lot.”

Hackers who don’t know they’re hackers

Several factors can explain the current low profile of hacking on the continent.

Hello Sabine, I’ve got intermittent Internet.

That was the reply I got from Emeka to my request for an interview over Skype. Despite the success of cyberactivism in the Maghreb countries, we shouldn’t forget the poor quality of Internet connection in Africa. Without question a hackerspace is currently regarded as something of a luxury, despite often sharing roots and aesthetics with the squat movement, as well as a love of DIY repair. “The hackerspaces are a relatively new phenomenon that tend to emerge in quite affluent societies with above average incomes,” explains Emeka Okafor.

“The answer is simple,” adds Ahmed Tarek, “we don’t know what (hacking) is! And actually, here in Egypt I find some hackers and hackerspaces who don’t realise that that’s what they are.”

“We are always looking for funding for the years ahead,” continues Bosun Tijani, founder of Nigeria HUB – Co-creation Hub. “A hackerspace is difficult to run as a purely commercial enterprise. The ones you find in Africa are run as non-profit social enterprises. Attracting investment is difficult and requires a good understanding of funding sources and social enterprise models. But the most successful trial cases are coming out of Africa, so there will be more and more.”

“In places where there’s unemployment, people may automatically think that it’ll be a challenge to start an organization that has fixed monthly expenses (rent, electricity, Internet),” continues Mitch Altman, founder of the Noisebridge hackerspace in San Francisco. “And in truth, it is energy intensive, expensive and sometimes there’s a stigma attached to setting up a hackerspace in certain democracies.”

That stigma, which sometimes exists in Europe and the United States, is present on a continent known for its dictators and authoritarian regimes. “Certainly when people fear their government it makes them cautious about being seen as belonging to a group that does creative projects together,” suggests Mitch Altman.

A thousand flourishing hackerspaces

For Mitch Altman, the economics are not an obstacle. “What people are beginning to realize all over the world is that in poor countries the monthly expenses are low, and therefore to start a hackerspace is actually easier in poor areas. That’s why right now there is a lot of interest. Since we scheduled our trip less than a month ago, a lot of people have contacted me saying they want to start a hackerspace in Africa.” It’s a view that Tarek Ahmed supports:

We need hackerspaces more than anywhere else, because they’re perfect for countries with economic problems.

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And if the spaces are easy to set up, the momentum should start to build. “Access and community collaborative spaces are the key to the development of hackerspaces,” believes Emeka Okafor. “Creative & reflective are moving in to accept the challenge,” adds Mitch Altman. “When the opportunity exists to get together in supportive communities, people see that they can help, and want to help. Around the world, including in countries where authoritarian leaders are losing their power, hackers find ways to come together and maintain communication when their leaders cut the infrastructure. This kind of fraternal approach tends to strengthen the community, so the hacker scene will grow faster in countries like Egypt and throughout the Arab Spring.”

Pragmatic hacking

Bosun Tijani emphasises a less grandiose role of hackerspaces: to be places where concrete solutions to real problems are developed.

We have many hackers here that reinvent the wheel. Our way of encouraging them is to get them to focus on real problems. The best way (to do that) is to put them with people who understand those real problems; that’s our raison d’être. The interest in developing hackerspaces demonstrates that they can be brought to Africa. We need to cultivate a culture of using knowledge in the context of local problems, and hackerspaces encourage the implementation of this knowledge in finding new ways to solve problems.

That includes projects like Ideas 2020. On this crowdsourcing platform, citizens post their ideas for “The Vision: By 2020″, which intends to make Nigeria one of the 20 world powers by 2020.

“For hackerspaces based in Africa, practicality and relevance must be part of the equation. Their basic goal should be to be more pragmatic,” continues Emeka Okafor. “There’s a chance that the people we see on Afrilabs (a network of technology incubators) will propagate hackerspaces, through their involvement in open source hardware.”

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The egg bot by Evil Mad Scientist

It’s a practical view which no doubt explains why the few hackerspaces there are actually listed as co-working spaces, in line with the “real” world, cognisant of business and not referring to themselves as hackerspaces. It’s the case with Nigeria HUB – Co-creation Hub. It wasn’t to avoid scaring people with the term “hacker” that they chose that particular name, as Bosun Tijani explains:

(The term) hackerspace for us means more a space for geeks, and we’re more concerned with the way in which Nigerians can co-create solutions to social problems by using technology. So the focus is more on the problems that are addressed, the collective intelligence of people, and using technology as a tool. We believe that focusing on real problems and needs will help us to create technological tools that can be used for real problems and also to promote the power of technology. So HUB – Hub Co-creation is not just for geeks and engineers but also for entrepreneurs, teachers, doctors, investors and anyone interested in how technology can help provide ideas about potential uses to address social problems.

Arab Spring countries, Kenya, Nigeria …

In addition to the countries of the Arab Spring, Emeka Okafor also sees great potential in sub-Saharan countries like Nigeria, Kenya, Ghana, Ivory Coast and Uganda: “They are young, enthusiastic, curious about technology and relatively liberated.” We’re  betting on Kenya in particular, which is in the middle of a technology boom, a stark contrast to the cliched image Westerners would have us believe. It was here that Ushaidi, a crisis monitoring platform, was developed.

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Thanks to the global network, help will also come from Western countries, in the shape of people like Mitch Altman and Bilal Ghalib (from All Hands Active hackerspace in Ann Arbor, MI), who successfully launched a fundraising campaign which allowed them to come and play Santa Claus:

“We’re here to share our long experience with anyone who wants to set up a hackerspace in their city. One of the great benefits of our Kickstarter campaign was getting the word out. Before MFA we held two meetings on hackerspaces, to prepare people for setting up or joining a hackerspace, and there will be two more before we leave. I taught around 300 people how to solder during a three-day workshop, with kits and soldering irons purchased with the donated money. The new hackerspace in Cairo assembled the MakerBot, donated by MakerBot Industries, as well as the Egg-Bot, donated by Evil Mad Scientist – and they were used in 3D printing workshops. Minal has given workshops in fabric painting. Bilal gave several Arduino workshops with Arduino donated by a new local electronics store, Future-Electronics.”

And after reading the words of Tariq Ahmed, it’s tempting to agree with Altman’s enthusiasm.

Our grandparents built great things like the pyramids, then everything stopped. But we will bring back the greatness in Egypt.


Photos of Makerfaire Cairo from Mitch Altman [cc-by-sa]
Official festival ilustrations available via http://makerfaireafrica.com

Initially published on Owni.eu

[Archives] L’Afrique, berceau de la bidouille

Traversée par la tradition de la bidouille, l’Afrique manquait jusqu’ici de lieux où développer cet esprit. Mais le succès du Maker Faire Africa augure de la création d’une ambitieuse communauté de partage entre makers et hackers du continent.

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Même pas une dizaine : les hackerspaces, lieux de rencontre pour les hackers, ces gens qui font usage créatif des technologies, sont quasiment absents de l’Afrique. Ils fleurissent pourtant dans le reste du monde, dans les pays occidentaux, mais aussi en Amérique du Sud ou en Asie.

Une situation qui devrait vite évoluer, à en juger par le succès du dernier Maker Faire Africa, qui, sur le modèle de ses cousins occidentaux, a rassemblé la semaine dernière des centaines de makers (« faiseurs », adeptes du Do It Yourself ou DIY, « fais-le toi-même », communauté proche des hackers) de tout le continent au Caire, en Égypte. « Il y a eu un énorme enthousiasme, explique Emeka Okafor, un des organisateurs. Cela seul montre qu’il y a un appétit pour les hackerspaces et les makerspaces. »

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Une effervescence qui augure de lendemains qui bricolent sur le continent, tant le terreau est fertile : sous-développement économique oblige, le DIY n’a rien d’une lubie pour geek embourgeoisé, c’est un passage obligé. « Ici en Afrique, les gens inventent vraiment et construisent des choses à partir de rien, analyse Tarek Ahmed, qui vient de créer Cairo Hacker Space. En Europe et aux USA, les hackers ont plus de chance, ils n’ont pas à se soucier de tout un tas de choses. »

Des hackers qui s’ignorent

Plusieurs facteurs expliquent une présence pour l’instant timide.

Hello Sabine I’ve got intermittent Internet.

C’est ce que m’a répondu Emeka à ma demande d’interview par Skype. Le succès du cyberactivisme dans les pays du Maghreb ne doit pas faire oublier la mauvaise qualité de la connexion. En clair, un hackerspace, c’est pour le moment un truc de « riche », en dépit d’atours souvent roots, esthétique du squatt et amour de la réparation : « Les hackerspaces sont un phénomène relativement nouveau qui tend à émerger dans des sociétés assez aisées avec un revenu au-dessus de la moyenne », précise Emeka Okafor.

« La réponse est simple, renchérit Tarek Ahmed, nous ne savons pas ce que c’est ! Et en fait, je trouve ici en Égypte des hackers et des hackerspaces qui ne savent pas qu’ils le sont. »

« Nous cherchons toujours des fonds pour passer les prochaines années, poursuit Bosun Tijani, fondateur du Nigeria HUB – Co-creation Hub. Un hackerspace est difficile à gérer comme une entité purement commerciale, ceux que tu trouves en Afrique sont conduites comme des entreprises sociales et non profit. Attirer des fonds est difficile et nécessite une bonne compréhension de sources de financement, et du modèle de l’entreprise sociale, mais les meilleurs cas pratiques surgissent en Afrique. Il y en aura donc de plus en plus. »

« Dans tout endroit où il y a du sous-emploi, les gens pensent peut-être automatiquement que ce sera un challenge de commencer une organisation qui a des dépenses mensuelles fixes (loyer, électricité, Internet) », poursuit Mitch Altman. De fait, il est déjà énergivore, coûteux et parfois stigmatisant de monter un hackerspace dans des démocraties.

Et côté stigmatisation, ce qui est vrai en Europe ou aux États-Unis l’est aussi ici sur ce continent connu pour ses dictatures et régimes autoritaires. « Certainement, quand les gens craignent leur gouvernement, cela rend les gens prudents sur le fait d’être vus comme appartenant à un groupe qui fait ensemble des projets créatifs », avance Mitch Altman. Et ce ne sont pas les petits gars de Telecomix qui diront le contraire : Ben Ali en Tunisie et Moubarak en Égypte en savent quelque chose.

Que mille hackerspaces fleurissent

L’obstacle économique n’en est pas un pour Mitch Altman : « ce que les gens commencent à réaliser partout dans le monde, c’est que dans les pays pauvres, les dépenses mensuelles sont faibles, et donc commencer un hackerspace est en réalité plus facile dans les zones pauvres. C’est pourquoi en ce moment, il y a un fort intérêt. Depuis que nous avons programmé notre voyage, il y a moins d’un mois, de nombreuses personnes m’ont contacté en disant qu’ils voulaient commencer un hackerspace en Afrique. » Un point de vue que Tarek Ahmed corrobore :

Nous avons plus que tout autre besoin de hackerspaces car c’est parfait pour des pays qui ont des problèmes économiques.

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Et si les espaces sont faciles à monter, la dynamique devrait s’enclencher : « L‘accès et les espaces collaboratifs communautaires sont la clé pour que les hackerspaces se développent », estime Emeka Okafor. « Face au challenge, des gens créatifs et qui réfléchissent se rapprochent pour accepter le défi, rajoute Mitch Altman. Quand l’opportunité existe de se rassembler dans des communautés qui apportent du soutien, ces gens voient qu’ils peuvent aider, et sont enclins à aider. Les hackers du monde entier, y compris dans des pays où les leaders autoritaires perdent leur capacité à se faire obéir, trouvent des façons de se rassembler pour maintenir la communication quand les chefs coupent les infrastructures. Cette manière de se rassembler tend à consolider la communauté, et ainsi la scène hacker va croître vite dans des pays comme l’Égypte et partout dans ce Printemps arabe. »

Pour un hack pragmatique

Moins exalté, Bosun Tijani, souligne surtout que les hackerspaces où se développent des solutions à des problèmes concrets, quitte à recadrer les rêveurs :

Nous avons beaucoup de hackers ici qui réinventent la roue, notre façon de les encourager consiste à les amener à se centrer sur des problèmes réels et la meilleure façon, c’est de les mettre avec des gens qui comprennent les problèmes réels, c’est notre raison d’être. L’intérêt pour les hackerspaces croîtra en continuant de démontrer le bien qu’ils peuvent apporter à l’Afrique. Nous devons cultiver la culture de l’utilisation des connaissances dans le cadre de problèmes locaux et les hackerspaces encouragent l’application des connaissances et de nouvelles façons de résoudre des problèmes.

Et de citer des projets tels que www.ideas2020.com. Sur cette plate-forme de crowdsourcing, les citoyens déposent leurs idées pour “The Vision: By 2020″, qui entend faire du Nigeria une des vingt puissances mondiales d’ici 2020.

« Pour que les hackerspaces s’enracinent en Afrique, des raisons convaincantes comme l’utilité et la pertinence concrète doivent faire partie de l’équation, leur but en moyenne aura besoin d’être plus pragmatique, poursuit Emeka Okafor. Il y a une chance que les gens que nous voyons à Afrilabs ((un réseau d’incubateurs de technologie) propageront les hackerspaces, à travers leur implication dans le hardware open source. »

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Un côté pratico-pratique qui explique sans doute que les rares hackerspaces listés sont en fait plutôt des espaces de co-working, en phase avec le monde « réel », entreprise compris, et ne se nomment pas des hackerspaces. C’est le cas du Nigeria HUB – Co-creation Hub.  S’il porte ce nom, ce n’est pas pour éviter de faire fuir les gens avec le terme « hacker », comme l’explique Bosun Tijani :

Hackerspace désigne plus pour nous un espace pour les geeks et le nôtre porte davantage sur la façon dont les Nigériens peuvent co-créer des solutions aux problèmes sociaux en utilisant la technologie. Donc l’accent est davantage sur les problèmes qui sont abordés, l’intelligence collective des gens, puis la technologie comme un outil. Nous croyons que mettre l’accent sur les problèmes et les besoins nous aidera à créer des outils technologiques qui peuvent servir pour des problèmes réels et aussi promouvoir le pouvoir de la technologie, sinon le hack n’est pas fini. Donc HUB – Co-creation Hub n’est pas uniquement pour les geeks et les ingénieurs mais aussi pour les entrepreneurs, les professeurs, les docteurs, les investisseurs, et toute personne intéressée par la façon dont la technologie peut aider ou fournir des idées sur l’utilisation potentielle pour traiter des problèmes sociaux.

Pays du Printemps arabe, Kenya, Nigeria…

Outre les pays du Printemps arabe, Emeka Okafor voit aussi un fort potentiel dans des pays d’Afrique subsaharienne, comme le Nigeria, le Kenya, le Ghana, la Côte d’Ivoire et l’Ouganda : « ils sont jeunes, enthousiastes, curieux de technologie et relativement libres. » On parie en particulier sur le Kenya [fr], en plein boom technologique, contrairement à ce que nos clichés d’Occidentaux nous font croire. C’est ici qu’a été développée Ushaidi, plate-forme de suivi de crise.

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Emeka Okafor affirme aussi sa foi en l’individu plutôt que dans les gouvernements, « trop lents », ou des individus réunis dans des projets via Kickstarter par exemple. Et lorsqu’il affirme que des gens comme Jean Katambayi Mukendi vont prospérer dans les hackerspaces, on le croit sur parole, d’un œil sur la bio de ce jeune plasticien congolais : « Passionné par la technique, la mécanique, la géométrie, et surtout l’électricité, il réalise ses premiers travaux à partir de l’adolescence et expose dans son pays à partir de 1990. L’électricité se présente comme un axe central, philosophique, technique, politique, illustrant les difficultés que l’Afrique connaît en ordre général. Jean Katambayi réfléchit les problèmes de société à travers cet angle, rappelant que chaque individu manipule régulièrement les dispositifs, non sans danger, pour obtenir lumière, chaleur, télévision, etc. Le rapport étroit de celui-ci avec le système électrique, s’annonce comme l’inverse des pays développés ; un lien plus que direct et néanmoins extrêmement précaire. »

Grâce au réseau mondial, l’aide viendra aussi des pays occidentaux, à l’image de Mitch Altman et Bilal Ghalib (de All Hands Active hackerspace à Ann Arbor, MI), qui ont lancé avec succès une campagne de dons qui leur a permis de venir jouer les Père Noël :

« Nous sommes là pour partager notre longue expérience avec toute personne qui souhaite monter un hackerspace dans sa ville.  Un grand bénéfice de la campagne Kickstarter a été de répandre l’appel. Avant MFA, nous avons organisé deux rencontres sur les hackerspaces, pour préparer les gens à monter et rejoindre un hackerspaces. Et il y en aura deux autres avant que nous partions. J’ai enseigné à environ 300 personnes à souder (moi-même) durant un atelier qui a duré trois jours, avec des kits et des fers à souder achetés avec l’argent des dons.  Le nouveau hackerspace du Caire a assemblé la MakerBot, donnée par MakerBot Industries, ainsi que l’Egg-Bot, donnée par Evil Mad Scientist — et ils ont fait des ateliers d’impression 3D. Minal a donné des ateliers de fabric painting. Bilal a donné plusieurs ateliers Arduino avec des Arduino donnés par un nouveau magasin local d’électronique, Future-Electronics. »

Et on est tenté de donner raison à son enthousiasme à la lecture de ces quelques mots de Tarek Ahmed :

Nos grands-parents ont construit de grandes choses comme les pyramides, puis tout a stoppé. Mais nous ramènerons la grandeur en Égypte.


Photos de Makerfaire Cairo par Mitch Altman [cc-by-sa]
Illustrations officielles du festival disponible sur http://makerfaireafrica.com

Billet initialement publié sur Owni.fr

Version anglaise